Les conflits de lois
Voici des sortes de fiches concernant les règles de conflit de lois, que je complèterai avec de la jurisprudence que vous trouverez dans la page correspondante. Bonne lecture.
Pour l’étude des conflits de lois, trois éléments sont nécessaires à envisager :
- L’applicabilité de la règle de conflit
- L’identification de la règle de conflit
- L’application de la règle de conflit
Applicabilité de la règle de conflit
Selon l’article 7 alinéa 1er du code de procédure civile, le juge ne peut pas fonder sa décision sur des faits qui ne sont pas dans le débat.
Il ne peut donc pas se prévaloir d’un élément d’extranéité que la seule lecture du dossier ne révèle pas. Le grief qui en résulte n’est pas recevable devant la Cour de cassation.
Si l’extranéité est soulevée par les parties, le juge est obligé d’appliquer la règle de conflit. On applique la règle de conflit pertinente avec requalification des faits si cela est nécessaire.
Depuis l’arrêt Bisbal, le juge n’est pas obligé d’appliquer la règle de conflit qui n’est pas d’ordre public, si celle-ci n’est pas soulevée par les parties.
Dans l’arrêt Compagnie algérienne de crédit et de banque le juge a considéré qu’il était loisible pour lui de rechercher le droit étranger applicable, d’office, sans que ce soit une obligation.
Devant la dénonciation du forum shopping qui allait en résulter, deux arrêts de 1988 ont considéré qu’il fallait rechercher d’office si une loi étrangère était applicable.
En 1990, on a choisi de distinguer entre les droits disponibles et les droits indosponibles, seuls ces derniers obligeant à rechercher d’office la loi applicable.
On ne doit pas oublier la possibilité d’appliquer l’article 8 du code de procédure civile qui permet au juge d’inviter les parties à fournir des explications de fait qu’il estime nécessaires à la solution du litige.
Donc en 1978, la cour a considéré qu’en matière de droits dont la personne a la libre disponibilité, le juge ne peut appliquer la règle de conflit d’office qu’après avoir invité les parties à débattre contradictoirement sur l’application et l’interprétation de la règle de conflit.
En cas d’équivalence des lois, donc même solution quelque soit la loi applicable, on doit prouver ce point afin d’écarter l’application de la règle de conflit.
En cas d’accord procédural : les parties peuvent choisir la loi qu’elles veulent voir appliquer si elles ont la libre disposition des droits et pour retourner à la loi du for.
Identification de la règle de conflit
La règle de conflit bilatéral situe en général le droit applicable selon un rapport de proximité de la situation avec un ordre juridique donné.
Pour ce faire, il convient de qualifier la situation traitée pour définir la catégorie de rattachement qui s’y applique. Le problème est que cette même qualification doit être faite selon un système de droit donné, puisque celle-ci diverge d’un pays à un autre.
Leproblème de qualification est également dû à la complexité de certaines situations juridiques où plusieurs qualifications se chevauchent. Dans ce cas, il convient de tenir compte de l’adéquation de la qualifiation retenue dans la recherche de la règle de rattachement avec les besoins de l’espèce. Il convient également de rattacher les questions connexes au problème principal pour ne pas avoir des solutions contradictoires. Enfin, la qualification doit rester souple et tenir compte des qualification étrangères ou de droit international tant que c’est dans l’intérêt d’une solution harmonieuse.
Parfois on peut être confrontés à une catégorie inconnue du droit interne.
Sans appliquer une qualification étrangère, il convient de rechercher une correspondance de la catégorie inconnue avec le droit interne. Ceci peut néanmoins poser des problèmes lorsque ceci entre en contradiction avec le droit interne. Le trust pose toujours problème malgré l’adoption de la Convention de la Haye de 1985, surtout depuis l’adoption de la loi sur la fiducie.
pour les questions connues du droit interne, on s’est longtemps demandé s’il fallait qualifier selon la lex fori, selon la lex causae, ou selon des critères universels.
C’est la qualification lege fori, prônée par Kahn et Bartin qui a été retenue par le juge dans l’arrêt Caraslanis.
Application de la règle de conflit
L’application de la règle de conflit permet de déterminer le droit applicable tant au niveau géographique qu’au niveau matériel afin de pouvoir règler la situation qui est soumise au juge. Même en dépassant les problèmes de qualification et en déterminant une loi applicable, des diffiultés peuvent surgir etqui sont de trois ordres :
* Défaillance ou surdétermination du facteur de rattachement
* Changement dans le temps de la règle de conflit
* Modification affectant la situation litigieuse
1- La défaillence ou surdétermination du facteur de rattachement
Le facteur de rattachement peut soit ne laisser apparaître aucune loi appliable soit en désigner plusieurs.
En cas de défaillances, certaines situations ont été réglées par la désignation d’une règle subsidiaire ou de règles de rattachement en cascade (apatrides, arrêt Rivière).
En cas de surdétermination, on se rattache à plusieurs considérations : loi la plus effective, loi du for, règle subsidiaire, …
2- Changement de la règle de conflit dans le temps
C’est le problème du conflit transitoire international. Deux règles de conflit écrites (exclusion des revirements jurisprudentiels) se succèdent dans le temps et désignent deux lois différentes. Il faut en principe dans ce cas prévoir la règle affectée par la réforme et le droit transitoire qui va s’appliquer.
Devant cette situation, on applique en principe les règles du droit transitoire interne, sauf dispositions spécifiques dans la loi nouvelle.
3- Incidence de la modificaton de la situation juridique
Il peut s’agir soit d’une modification dans le temps soit d’un déplacement dans l’espace. Il peut s’agir dans ce cas soit d’un conflit mobile soit d’une fraude à la loi.
En cas de conflit mobile, on peut transposer la solution applicable en cas de conflit transitoire et appliquer le droit interne. Des règles spécifiques sont néanmoins appliquées par la jurisprudence dans certaines situations.
La fraude à la loi : modification artificielle d’un rapport juridique afin d’influencer l’élément de rattachement, donc la loi applicable.
Trois élments doivent être réunis :
- Elément matériel : une composante de la règle de conflit varie selon la volonté des parties.
Tags: Conflit, droit, International, Lois, Privé


1BUREAU MORGODE Emmanuel
Rédigé le 11 octobre 2009 à 13:57
Juriste de formation et enseignant dans un institut supérieur de mon pays (le Tchad), je trouve que vos articles sont de grandes valeurs sinon simplement parfaits.J’y fait recours de temps à autre pour mettre à jours mon cours de DIP.
Gardez le courage et l’élan
Merci!
2zineb
Rédigé le 11 octobre 2009 à 14:00
@Morgode Emmanuel:
Merci pour ces encouragements. Je traite peu du DIP, mais je vais tenter de poster plus d’articles dans ce domaine quant l’occasion s’y prêtera.
3el garoui bachir serhane
Rédigé le 3 février 2010 à 1:09
chere zineb bon soir .
je suis un maitre assistant dans un centre universitaire et j’enseigne le droit internationale prive , j’aurai bien aimer faire des contact avec vous pour collaboration et echange d’idees en droit international privee .
mes salutations
4Amelie
Rédigé le 9 mars 2010 à 14:29
Bonjour,
Je suis etudiante en 4eme Année de Droit Privé.Et vos articles me facilite bien les recherche.
Merci pour tout.
S’il vous plait pour ce qui en est des trois éléments au niveau de l’incidence de la modification de la situation juridique, veuillez bien complèter les deux autres elements restants.
Merci.
5cedric yenga
Rédigé le 28 mai 2010 à 1:30
bonjour, votre article m’aidera sans doute pour mes recherches. en fait, je serai ému si vous parliez du droit des assurances. je suis en dernière année de droit.
merci
6Mohamed
Rédigé le 12 juin 2010 à 19:55
Bonsoir,votre article est d’une valeur scientifique remarquable,merci pour cela.
J’aurais une consultation à vous soumettre.Je dois faire un exposé sur “la notion de règles conflit de lois”.J’ai un peu de mal a élaborer un plan.Dois -je me limiter à une approche purement descriptive et explicative ou alors aller un peu plus dans le fond en abordant les question de détermination et d’applicabilité notamment?
Merci
7zineb
Rédigé le 12 juin 2010 à 20:12
@Mohamed:
Merci pour le commentaire.
Tout dépend du temps de l’exposé et de ce qui vous est demandé.
Vu l’intitulé de l’exposé, je pencherai plutôt pour les questions théoriques (l’histoire, les méthodes, la spécificité du domaine commercial, …).
Bon courage.
8Mohamed
Rédigé le 13 juin 2010 à 11:31
Merci pour votre réponse rapide.Je dois faire faire l’exposé dans une semaine,au cours d’un séminaire de DIP (DEA Droit Privé).Mais que dois-je entendre par spécificité du domaine commercial?