La suite de l’affaire Zineb Chetite

Lundi, 9 novembre 2009, 14:21 | Categorie : Droit marocain, Libertés et droits de l'homme
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Le jugement condamnant la tortionnaire de cette jeune fille a été prononcé le 12 octobre 2009. La peine prononcée contre la femme (qui a avoué avoir commis l’infraction) est de 3 ans et demi de prison et 100.000 dirhams de dommages-intérêts pour coups et blessures volontaires contre un mineur de moins de 15 ans par une personne ayant une autorité sur l’enfant et avec l’utilisation d’armes.

Le cas de l’époux sera examiné par le Tribunal de Première Instance de Oujda le 9 novembre 2010. Ce dernier a alors pris l’initiative d’exposer sa version des faits aux journalistes (http://www.oujdacity.net/debat-article-23294-fr.html).

Khalid Yachouti explique que sa femme a eu besoin d’une domestique pour s’occuper de son enfant. Un intermédiaire lui aurait présenté la fille et son père, qui aurait prétendu que celle-ci était âgée de 14 ou 15 ans. Les deux hommes se sont mis d’accord sur un salaire mensuel de 600 dirhams, que le magistrat a promis de revoir à la hausse si la jeune fille fait du bon travail.

Zineb aurait été bien traitée par la famille : chambre individuelle, repas avec la famille, voyages, … Elle a été conduite pour voir sa famille lorsqu’elle lorsqu’elle en a exprimé le besoin. (photos et vidéos à l’appui).

Le père a prétendu qu’on lui avait promis de s’occuper de l’enseignement de sa fille 2 ou 3 heures par jour, ce que le magistrat nie.

Il explique par la suite, ce qui a déclenché les violences commises sur la domestique. Il s’agirait d’atteintes sexuelles qui auraient été commises par cette dernière sur les enfants du couple dont l’aînée est âgée de 4 ans. Des médecins auraient attesté que les enfants auraient subi des attouchements sexuels en raison d’inflammation dans leurs organes. Elle aurait observé la domestique, jusqu’à la surprendre en train de commettre des atteintes sexuelles sur son enfant.

Ce n’est que pour cela que cette femme aurait commencé à torturer Zineb (notamment dans les zones sensibles). Pour le magistrat, elle n’aurait pas dû réagir ainsi, mais il compte intenter une action contre la domestique pour ces faits.

Les violences perpétrées contre Zineb l’auraient été en son absence et qu’il n’aurait été au courant de rien avant que le scandale n’éclate sur la chaîne 2M. Il serait rentré chez lui quelques jours avant l’évasion de Zineb et sa femme aurait prétendu l’avoir envoyée chez sa mere pour l’aider. Sa femme aurait nié être l’auteur de ces faits.

Par la suite sa femme aurait avoué avoir enfermé Zineb dans une pièce sur le toit de la maison et l’aurait menacée de l’envoyer en prison pour l’obliger à y rester calmement.

Le magistrat se prévaut d’être un juriste incapable d’agir ainsi ou de cautionner de tels agissements. Il soulève des contradictions dans les dépositions de Zineb, qui aurait déclaré devant l’officier de police que c’est la femme qui lui aurait versé de l’huile bouillante sur le corps, avant de lui attribuer cet acte devant le juge.

Il a demandé le divorce, après l’aveu de sa femme de sa culpabilité.

Il aurait également découvert que sa femme souffrait d’une dépression et qu’elle se faisait soigner sans qu’il n’en soit au courant, profitant de visites chez sa famille pour aller chez le médecin. Elle aurait également vu un médecin en France lors d’une visite chez son frère.

Il compte également poursuivre les journaux qui auraient publié sa photo sans son consentement et l’auraient traité de délinquant, la personne qui leur aurait fourni cette photo, ainsi que la chaîne 2M qui aurait filmé sa maison sans son consentement.

Ces révélations rendent cette affaire complexe.

La commission d’une infraction, sauf légitime défense, ne peut pas être une réponse à une infraction précédent.

Par contre, quel va être le sort de cette domestique au vu des faits qui ont été révélés par ses employeurs et qui sont pénalememt répréhensibles.

Cette affaire soulève également les problèmes évoqués par le magistrat, à savoir le droit à l’image et la présomption d’innocence.

Abus sexuel sur des enfants par un enfant, contre torture d’un enfant. C’est là l’équation qui se pose aux autorités marocaines et pour laquelle il faut trouver une solution.

Je pense que des investigations sur la véracité des faits imputés à Zineb Chetite s’imposent, car des infractions sont souvent commises contre les enfants des employeurs ou contre les employeurs eux-mêmes et qui en bénéficient que rarement d’une telle médiatisation qui s’inscrit dans la mouvance de lutte contre le travail des enfants.

Si de tels faits sont réels, il faudrait en déterminer la cause. La délinquance des mineurs doit être traitée avec certains d’égards. Tout le monde sait les atteintes auxquelles les domestiques sont exposées.

Tout ceci amène à une conclusion : la nécessité de mettre fin au travail des domestiques mineures et de réglementer le travail domestique au Maroc, de manière à permettre à ces derniers de jouir de leurs droits et de prétendre à un salaire honorable.

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